Extrait
de LA VIE DES AGENCES N° 112 (avril 2002)
DE L'IMPORTANCE DE L'ASSISTANCE PSYCHOLOGIQUE
APRÈS L'AGRESSION
En 1998, Jean-Pierre Benais, médecin légiste,
expert près
la Cour d'Appel de Paris créait les diplômes universitaires post-doctoraux
de Criminologie et Victimologie à Paris XIII. Un enseignement suivi
par des professionnels au contact de victimes : psychologues, policiers, journalistes,
médecins, magistrats, travailleurs sociaux, etc. Il a créé avec
Sophie-Odile Crespelle « C.R.I.S.E. Assistance » pour accompagner
les personnes exposées potentiellement à une agression et les
aider à en limiter les conséquences physiques et psychologiques.
Chez « C.R.I.S.E. » l'acronyme de « Cellule rapide d'intervention
en situation extrême », l'accompagnement psychologique des personnels
bancaires fait partie du quotidien. A l'issue de braquages, bien sûr,
mais aussi quand elles sont victimes de menaces et d'injures. Ces collaborateurs
en première ligne sont guichetiers ou conseillers en clientèle.
Ils ont accès au coffre, ou plus simplement détiennent, aux yeux
de leurs agresseurs, un pouvoir de décision sur l'octroi d'un prêt
ou d'un découvert. Les fins de mois sont difficiles pour eux comme pour
leurs interlocuteurs.
Les spécialistes de C.R.I.S.E. s'occupent cependant
en majorité de victimes de hold ups. « Ces personnes sont
sous l'effet d'un traumatisme important. Avoir une arme braquée sur
la tempe ou sur un collègue représente un gros choc. on est désemparé,
on se demande que faire. C'est à ce moment-là que la vie défile à toute
vitesse dans les esprits. La crainte de la mort est imminente » explique
Sophie-Odile Crespelle, directrice. Le stress envahit tout le monde à égalité : « Y
compris, souligne-t-elle, ceux arrivés après-coup, en retard,
absents ou en vacances. C'est la culpabilité du survivant. Les trois
quarts du temps, le fait d'avoir échappé à l'attaque n'est
en rien un soulagement ».
Un débriefing psychologique
C.R.I.S.E.
part du présupposé que tout le personnel est traumatisé.
Son équipe propose un « débriefing psychologique » qui
permette de travailler avec l'ensemble des personnes concernées aussi
bien directement qu'indirectement. Par ailleurs, les relations entre ces dernières
sont mises à plat. Une démarche particulièrement importante
pour ce qui est des membres du management. La réalité est dure à affronter
si par exemple l'un d'eux s'est caché parce qu'il a eu peur. Outre un
sentiment de culpabilité, il éprouvera un sentiment de honte
vis-à-vis de son entourage et de toutes les catégories hiérarchiques
de son entreprise.
Des chocs révélateurs de malaises latents
Or si un responsable est incriminé, mis en cause suite à une
agression, il est essentiel que les gens puissent s'expliquer. Pour Sophie-Odile
Crespelle « Notre travail consiste à rétablir la communication.
Défaire s'exprimer ce qui a besoin à'être partagé ».
Les spécialistes de C.R.I.S.E. ont recensé les nombreuses facettes
du stress post-agression, pour mieux les combattre. Cela va de l'angoisse de
refaire le trajet conduisant à l'agence à la peur de circuler à l'intérieur
même de rétablissement. Ils préconisent parfois de changer
l'environnement, d'utiliser l'espace différemment. « Le but
est de permettre à l'équipe de retravailler, de resserrer les
liens, de diminuer les arrêts de travail: C'est comme quand on tombe
de cheval, explique Sophie-Odile Crespelle, il faut tout de suite remonter
dessus ».
Ces chocs sont aussi révélateurs de malaises latents, la goutte
d'eau qui fait déborder le vase, même s'ils n'ont rien à voir
avec l'agression. Tout explose, rancœur et insatisfaction remontent.
Or, si rien n'est fait, les personnes en cause restent profondément
frustrés. Redonner une dimension humaine à l'événement,
c'est aussi le boulot de cette « cellule ». Le fait par exemple
de voir un membre haut placé dans la hiérarchie sous le coup
de l'émotion participe également de cette tâche. « Le
plus important, c'est de montrer que la banque, prend en compte ses employés.
Qu'il y a un avant et un après. Sans quoi on donne l'impression de nier
l'événement ». Un témoignage d'intérêt
qui n'apparaît pas comme tel « si on les dirige vers des structures
institutionnelles, comme le SAMU, l'hôpital, la médecine du travail,
quand bien même ils sont archi-compétents. Les
employés voient cela d'un très mauvais œil, alors que si
leur banque fait appel à une société privée spécialisée,
cela change tout. C'est aussi pour cela que la création d'une structure
interne spécifique serait mal interprétée, elle serait
considérée comme à la solde de la Direction » souligne
Jean-Pierre Benais, co-fondateur de C.R.I.S.E. qui rappelle, s'il le fallait,
le secret professionnel auquel ses collaborateurs et lui-même sont liés.
Mettre un point final à l'événement
A la suite des entretiens,
les victimologues rendent un rapport, dans lequel leur diagnostic est assorti de
recommandations et de plusieurs propositions de prise en charge à rétablissement
bancaire. Parmi ces recommandations, celle de communiquer. « Quand
une agence se fait braquer, les agences situées dans la périphérie
se disent que cela va être leur tour, quelle que soit l'enseigne. L'inverse
arrive aussi : l'information ne passe pas ». Enfin, une autre mission
de structures telles que C.R.I.S.E., c'est la prise en charge médico-judiciaire
et médico-juridique. Où on leur explique ce qu'ils peuvent faire,
ce qui va se passer, le rôle qu'ils vont jouer. « Reconnaître
ses agresseurs, cela fait très peur. On craint les représailles.
Nous leur expliquons la psychologie de l'agresseur. Sa peur encore plus grande,
et les multiples choses auxquelles il devait penser, son affolement. En bref
nous leur faisons comprendre que l'agresseur ne les a probablement pas reconnus » explique
Sophie-Odile Crespelle. « Le grand but c'est de mettre un point final à l'événement.
Tout doit être dit pour qu'on n'en parle plus » conclut-elle.
Patricia Rolland
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